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 Fil de vie

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Halfjar Skaldhammer

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Lun 27 Aoû - 14:55

Citation :
De son côté, le nain prit le pari audacieux d'y entendre quelque chose au livre de magie si généreusement confié par Jared. On put bien assez vite comprendre que la tâche s'avéra plus ardue qu'escomptée : à peine était-t-il rentré sous sa tente, qu'il avait très récemment installée aux abords immédiats du refuge, qu'on vit l'ouvrage en question voler contre un arbre, tout en entendant vociférer des mots tels que « élucubrations ineptes », ou encore « stupides calembredaines ». Il ne fallut pas cinq minutes, ceci dit, avant qu'il ne sorte à son tour pour le ramasser, et de se rendre à l'intérieur de la bâtisse le ranger à côté des élixirs dérobés.
   
   Du reste, on put le sentir plus distant, plus aigri, plus qu'à l'accoutumée en tout cas, et quand il ne pestait pas contre le bruit que suscitait l'elfe, il s'affairait volontiers à prendre un peu de repos, consulter ses propres ouvrages, ou encore entretenir son équipement. Sa dernière trouvaille en date : Redresser les piquets de bois et les barrières qui bordent le chemin de pierre menant au refuge. On l'aura vu planter des clous et faire en sorte que le tout soit très droit, assisté du bienvenu Willen.

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Olivia Hanton

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Lun 27 Aoû - 17:52

Citation :


Cela faisait quelques semaines qu'Olivia était alitée à l'infirmerie du refuge, elle avait pris le temps pour se remettre de sa blessure ventrale. Et, en cette journée, elle avait décidé de quitter son lit et de mettre le nez dehors. Elle avait beaucoup pensé à ses camarades, ignorant les récents événements, et elle n'avait qu'une hâte, celle de les revoir.

S'habillant chaudement, elle s'était avancée vers le couloir menant à l'extérieur, et, timidement, elle avait pointé le bout de son nez au-dehors. Puis, se mettant en quête de ses compagnons, elle s'était d'abord dirigée vers le terrain d'entraînement, puis la rivière en contrebas et enfin, les écuries. Ne les trouvant pas, elle s'était finalement laissé tomber sur un fagot de pailles, à l'intérieur du box de Francis, son cheval. Elle était restée là, tendant mollement quelques friandises dont raffolait la bête, et lui promettant quelques promenades prochaines, une fois son rétablissement complet.

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Ashkiel Aran'el

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Mer 29 Aoû - 15:07

Citation :


L'été touchait à sa fin. Les nuits tombaient plus rapidement, et se faisaient plus fraîches. Les pluies, plus fréquentes, contribuaient à humidifier l'air ambiant, si bien qu'il fallait désormais se couvrir davantage pour ne pas avoir froid.

Et c'était pile la période que Daniel avait choisie pour l'envoyer se terrer au fond d'une grotte chaque, soir, avec la consigne de ne rien porter si ce n'est de simples sous-vêtements. Pas de couverture, pas de coussin, pas même une simple chemise pour se tenir un peu plus au chaud. Rien.

Leytha grelottait, à moitié nue au fond de son trou. Plongée dans une obscurité que seuls quelques rayons de Lune venaient troubler en projetant des ombres farfelues sur les parois de la caverne. Si les deux soirs précédents, elle avait réussi à fermer l’œil sans problème, aujourd'hui, c'était différent. Elle était épuisée, mais le sommeil refusait de venir la cueillir. Agacée, elle se releva et entreprit de sautiller sur place pour échauffer ses muscles engourdis par le froid.

Elle sentait sa détermination à marcher sur la voie que le maître de Marchebruine lui offrait faillir à mesure que l'insomnie passagère l'empêchait de se reposer. Il fallait qu'elle s'occupe autrement qu'en cogitant dans l'obscurité. Ainsi, elle se rendit en trottinant jusqu'à sa cabane. Une fois perchée là-haut, elle récupéra un livre à la reliure de cuir brun, dépourvu de titre, d'auteur ou d'indication sur son contenu, qu'elle avait ramené suite à son mois d'absence, quelques temps plus tôt. Elle le serra contre elle un instant, avec un soupir de lassitude. Son regard s'orienta le lit douillet qui attendait sagement un occupant, mais elle finit par secouer la tête, avant de redescendre de son perchoir, n'emportant avec elle que le livre, une lampe à huile, et de quoi l'allumer.

De retour dans son terrier inhospitalier, elle s'installa contre la pierre froide en grommelant. Elle devait tenir bon. La lumière de la lampe illuminait l'intérieur de la grotte d'une douce lueur rougeâtre, si bien que c'en était très certainement visible de l'extérieur. L'aventurière haussa une épaule. Daniel lui avait demandé de passer la nuit ici, il n'avait pas précisé qu'elle n'avait pas le droit de lire !

Le bout de ses doigts effleurèrent la couverture de cuir brut avec une certaine nostalgie. Au lieu de l'ouvrir pour en commencer la lecture, elle fit défiler les pages devant ses yeux, humant le parfum qui se dégageait de l'ouvrage. Une odeur familière et réconfortant, qui l'aidait à oublier l'inconfort dans lequel elle était plongée. Les quelques images qu'elle pouvait apercevoir ainsi représentaient diverses plantes sauvages, des schémas de procédés alchimiques ou encore des dessins anatomiques des principales races humanoïdes d'Azeroth.

Elle ne lut qu'une ou deux pages avant que le sommeil ne vienne la rattraper. Dans un dernier effort, elle prit le temps d'éteindre la lampe, qui n'avait finalement servi qu'une dizaine de minutes. Et c'est avec le précieux livre serré contre elle que Leytha finit par s'endormir, un sourire aux lèvres malgré l'inconfort de sa "demeure" temporaire.

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Angast Samzara

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Jeu 30 Aoû - 10:09


Citation :
La veille, il était allé se coucher un peu plus tôt que les autres, son jeune âge ne lui conférant pas la même capacité à veiller que ses robustes aînés, comme Valten, qui avait encore l'air de péter la forme même après la journée en bateau, la chevauchée puis l'escarmouche dans la forêt ; ou encore comme Baudrick, qui ne semblait avoir seulement besoin de fumer une bouffée de sa pipe pour tenir debout encore une journée supplémentaire. Pour une fois, ses rêveries l'avaient quitté, il ne pensait plus qu'à une seule chose : la Créature, qui, même morte, n'avait pas cessé de hanter ses songes depuis qu'Halfjar lui avait sauvé la mise. Il était alors tombé nez à nez avec sa gueule d'épouvante, le gargouillis infâme de son cri et son haleine méphitique. Willen n'était pas, ou plutôt PLUS vraiment impressionnable, avec ce qu'il avait vécu. Mais cette fois l'avait terrifié. C'est dans cet état d'esprit qu'il était allé se coucher, renonçant à assister aux expériences à mener sur le bras-trophée de la monstruosité, et sur injonction de Daniel de toute façon.

La nuit, en lieu et place des habituelles songeries héroïques et aux rêves enamourés concernant une jolie blonde avec des tâches de rousseur, Willen songea à l'étrange œil de chouette de Valten, au tir providentiel de Jared, puis cauchemarda sans répit de la Créature, et finit par s'en réveiller en sueurs et haletant. Mal à l'aise, englué dans sa sueur et la touffeur de bétaillère de l'auberge, incommodé par les ronflements cacophoniques d'Halfjar, il sortit du lit pour se laver, se rafraîchir les idées.

Encore de la grisaille songea-t-il une fois ses ablutions faites. Il s'était levé avant le lever du soleil, comme toujours, mais l'absence totale d'étoiles signalait suffisamment clairement que le tapis de nuages maussades de la veille n'avait pas décidé de lever le camp de sitôt. A la lumière d'un lampadaire, profitant de la fraîche humidité des nuits nordiques, il s'assit sur un muret pour préparer sa canne à pêche, bien décidé à conjurer les affres de sa nuit.

Dans l'auberge, il avait un peu avant éclusé les tables et les chaises pour récolter de la mie de pain abandonnée, qu'il mêla avec une menue poignée de farine, un brin de bière oubliée de la veille jusqu'à former une pâte. Il y ajouta de petits bouts de viande un peu trop avancée qu'il préleva aussi dans la bâtisse, qu'il réduit en tout petits morceaux, et mélangea à sa poignée de pâte. Ses appât étaient prêts.

Un peu plus tard, il inspecta le rivage peu hospitalier, et se dit que cette petite crique, là bas, avait l'air de pouvoir recueillir les sagerelles à cette époque de l'année. Il s'y rendit prudemment, évitant de se ramasser la tronche sur les rochers glissants, gagnant tant bien que mal le petit promontoire qu'il avait cru repérer dans la pénombre.

- Chut ! entendit-il murmurer. Une voix de vieil homme. Penaud, il se rendit compte qu'un pêcheur du village était déjà là. Il continua : Si tu veux m'aider à pêcher, ça sera silencieusement, mon garçon.

Et il obtempéra. Ils n'osèrent l'un et l'autre parler qu'au lever du soleil. Le vieux lui reprocha la mauvaise qualité de ses appâts, qu'il aurait mieux valu faire avec de la farine d'anis, plus odorante, plus attirante pour la sagerelle, et qu'avec cette odeur de viande avariée il allait plutôt attirer de la menue friture, nettement moins goûteuse. L'essentiel de cette matinée fut malgré tout un bonheur et un soulagement pour Willen, qui apprit beaucoup du vieux pêcheur. Ils rapportèrent une dizaine de sagerelles, un ou deux énormes colins, un gros thon arc-en-ciel, et même quelques fruits de mer récupérés en rentrant sur les rochers.

Au matin, au petit déjeuner, tout le monde à l'auberge fut prévenu par Bérénice Dore, la tenancière, que ce midi, ça serait beignets de poisson, frites et bière pour tout le monde ! Elle avait déjà commencé à préparer la pâte et les poissons, et passé le mot à Adèle Scott qu'il allait falloir mettre un autre fût de ale en perce. La pêche avait été bonne, et cela sembla apporter un peu de réconfort dans les coeurs des habitants. Willen en sourit, content d'avoir rendu service.

Finalement, ça ne pouvait pas être une si mauvaise journée.

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Angast Samzara

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Lun 3 Sep - 21:02

Citation :

Une mauvaise soirée


La veille au soir, bien après l'arrivée d'Olivia et de Tyanaïs sur Tor'Arad.

La soirée avait été maussade et grise pour tout le monde. La bruine et la grisaille permanente ponçait aussi sûrement qu'une meule la bonne humeur de Willen, peu à peu. Après l'incident de son cauchemar et l'étranglement qu'il avait infligé malgré lui à Kriss, le jeune homme s'était efforcer de participer à la liesse qui animait l'auberge, sans toutefois parvenir à faire quitter l'horrible malaise qui lui rongeait les entrailles.

Ce qui lui arrivait sur les champs de bataille, les soldats avaient toujours trouvé cela normal. "La fièvre de la bataille", appelaient-ils cela, ou tout bonnement une simple montée d'adrénaline, selon les guérisseurs. Mais il s'était brutalement fait rattraper par la réalité des choses : une bête féroce sommeillait dans ses entrailles, une bête assoiffée de violence et de sang, prête à se réveiller au moindre coup de semonce. Le "Berserk", un pouvoir contre-nature, malsain, sauvage. Une malédiction, une souillure indélébile qui crachait au visage de tous ses principes de Chevalerie.

Jamais il n'eût autant besoin de parler avec quelqu'un de toute sa vie. Valten savait. Valten le vivait depuis tout jeune, lui aussi. Ils s'entretinrent longuement, tous les deux. Le colosse lui offrit ce qu'il voulait : la vérité, nette et froide comme une lame dans le cœur. Sa malédiction n'avait aucun recours, elle ne cesserait qu'avec sa mort. Toute sa vie, il devrait canaliser sa violence, non pas par la méditation ou d'autres méthodes, mais par l'expression pure et simple de celle-ci.

Son existence de guerrier était finalement bien tombée. Willen se le demandait : son Maître l'avait-il décelé en lui ? Avait-il compris qu'il aurait fini par massacrer sa famille à coups de dents et de tout ce qui lui passait sous la main, comme un singe fou, s'il ne consacrait pas sa vie à la guerre ? Tout était bouleversé.

Ce qui sortit de la conversation fut une blessure de plus : le jeune écuyer était promis à la guerre et à la tuerie toute sa vie, ou bien à vivre seul et reclus, pour que sa malédiction ne fasse pas de victimes innocentes. Il n'y avait rien à faire. C'était la seule et unique solution. Néanmoins, il trouva une sorte de réconfort dans la compréhension de Valten dans son état.

La fatalité abattue sur ses jeunes épaules, Willen regagna l'auberge. Lui et Valten cherchèrent d'autres Marchebruines du regard, mais le lieu s'était vidé de leur présence. Seuls quelques traînards du village demeuraient à boire leurs maigres deniers. L'un d'eux prétexta à sa bonne femme venue l'enguirlander que "la bière était l'aliment le plus solide qu'ils avaient à se mettre sous la dent", bafouillant comiquement. Willen aurait souri en temps normal, mais il n'en avait pas le cœur cette fois.

En cherchant d'avantage, ils tombèrent sur Daniel et Leytha, qui venaient, l'apprirent-ils, de finir leur leçon. Willen remarqua que la cavalière avait elle aussi pleuré, et s'en émeut sans qu'il puisse rien y faire, pris d'un violent élan d'affection pour elle.

Il voulut l'enlacer pour la réconforter, mais se rendit trop tard que son action était d'un bourrinisme affligeant, digne d'un gamin de quatre ans, malgré qu'il fut pétri de bonnes intentions.

"C'est pas le moment, Willen", l'aura-t-elle sèchement rabroué en s'éloignant misérablement vers l'auberge.

"Ah, les femmes", commenta Valten en posant son immense patte sur l'épaule d'un Willen penaud et navré. Pour une fois, il était à côté de la plaque, ça n'était pas sa qualité de femme qui changeait quoi que ce soit. Mais la grosse main du guerrier avait un côté réconfortant, et il accepta. Ils se séparèrent peu après, l'un et l'autre un peu maussades.

En s'apprêtant à monter l'escalier menant aux dortoirs, Willen vit son amie affalée sur le comptoir, entourée d'une poignée de chopes vides. La blondinette avait une mine à fendre l'âme. Willen renonça aux escaliers, et se dirigea vers elle.

"Mauvaise soirée, hein ?" commença Willen. Et leur conversation commença. Willen était triste, et Leytha... Le jeune écuyer n'aurait pas utilisé le même mot. Il aurait plutôt dit qu'elle était perdue, qu'elle avait éprouvé une souffrance jusqu'alors inconnue. Jamais dans leur courte relation Willen ne l'avait connue aussi éteinte, elle qui était si pleine de vie. Il s'en inquiétait, elle le canulait, pas d'humeur. Mais le jeune homme persista, et, peu à peu, la discussion se dérida.

"Fais moi rire", avait-elle lancé, "Rends toi utile, au moins."

Willen n'était pas très bon là dedans. Mais il s'efforça de décrire une scène :

"Qu'est-ce qui se passerait si tu volais tous les vêtements de Daniel pendant la nuit ? Il serait bien obligé d'admettre que tu es douée, non ?" Voyant que ça ne la déridait pas tellement, il exprima ce qu'il avait vu dans sa tête : "Je ... hum, je l'imaginais serrant son pagne de fortune d'une main en train de vociférer après toi et..." expliqua-t-il en mimant. Alors qu'il avait la sensation de s'enfoncer affreusement, il la regarda. Elle souriait. Rien ne lui avait fait tant plaisir depuis des jours !

Dès lors, la douce chaleur du rire et du jeu vint réchauffer leurs âmes refroidies par les épreuves de ce soir. Willen se mit au hasard de la conversation à imiter le coq, sous l'hilarité mitigée de Leytha. Elle éclata carrément de rire quand le jeune homme s'efforça d'imiter une blatte des roseaux, rampant par terre en agitant les doigts comme une otarie atteinte de débilité. Et puis, un peu plus tard, en lui avançant qu'elle n'était qu'une trouillarde, l'invita à danser. Piquée au vif ou vraiment tentée, Willen ne le savait pas ; elle accepta néanmoins la danse.

(Le jeune écuyer avait appris à danser il y a bien des années, au Tournoi d'Argent. Il s'était ridiculisé en essayant de danser, et de jeunes nobles s'étaient moqués de sa prestance de dindon. A l'époque, Willen pleura et jura de ne plus jamais danser, que c'était ridicule et parfaitement stupide. Mais son Maître l'épaula une fois de plus, et lui appris quelques pas, en secret. Depuis, Willen en fit un de ses goûts mondains les plus secrets. Il aimait danser, n'était pas virtuose, mais, y prenait beaucoup de plaisir.)

Ainsi commencèrent-ils à danser, sans musique, avec pour seule ambiance qu'un feu de bois crépitant, une matrone blasée et quelques ouvriers trop saouls pour réagir. Elle jura, cracha des grossièretés et des menaces entre chaque pas, et lui marcha même violemment sur un pied au détour d'un petit entrechat, mais... elle ne chercha pas à s'esquiver. Willen ne démordit pas de son sourire, lui : ça lui plaisait, et il savait qu'elle aussi ; elle finit même par trouver le rythme, à force.

Dans leurs mouvements et leurs petites voltes, les fesses du jeune homme heurtèrent un pichet, qui tournoya mais ne dégringola pas, et ils réveillèrent un des villageois qui bava un "Hééé, hooo..." entre deux rôts mousseux, mais ils n'en eurent cure. Ainsi dansèrent-ils entre les tables et les meubles de l'auberge un petit moment, avant que finalement s'achève les pas.

Ça n'avait pas été d'une grâce indicible, ça non ! Mais la chose avait été suffisamment irréelle et incongrue dans un tel endroit, et tellement plaisante, qu'ils en oublièrent momentanément leurs tracas. Après une petite conversation devant le feu ronronnant de la cheminée, Leytha n'eût pas la force de se redresser pour aller dormir dans son grenier glacé et moisi : elle s'y endormit, et Willen jeta une couverture par dessus elle avant de lui-même aller se coucher.

Une mauvaise soirée, mais qui finit bien, se dit-il, une fois au lit. Et il s'endormit sur cette note joyeuse.


Dernière édition par Willen Sharp le Lun 10 Sep - 0:31, édité 2 fois
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Valten Valtieri
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MessageSujet: Re: Fil de vie   Mar 4 Sep - 3:14

Citation :

Bien qu'il eut confronté les avis des différents Marchebruine concernant son attitude au cours de la soirée; son départ précipité allant à l'encontre des ordres de Leytha, nommée commandant pour l'expédition sur la plage, sa chevauchée en forêt, sans considération aucune pour ceux qui l'entouraient, il n'était pas aussi sûr de ses convictions qu'il ne l'avait laissé paraître.

Les mots de la jeune femme l'avaient touché, et ceux de Willen plus encore. Sauver une vie innocente en risquant d'en perdre quatre. Il s'était contenté de répondre qu'ils n'auraient pas du le suivre; que c'était un choix qui leur appartenait. Pas à lui. Et quand bien même n'avait-il aucun doute sur la véracité de son propos, il n'en restait pas moins troublé. Tu ne devrais pas porter ce tabard. C'est ce que Willen lui avait dit, et il était tout à fait d'accord. Il avait accepté pour les besoins de leur enquête sur l'île; à la demande de Daniel, mais il n'appréciait pas d'emprunter des couleurs qui ne lui appartenaient pas.

Toute sa vie durant, le guerrier avait suivi son code sans hésitation aucune. Il n'avait jamais flanché, il ne s'en était jamais détourné; et c'est quand il rejoignit sa compagne dans son lit, s'installant silencieusement près d'elle que ses certitudes finirent de voler en éclats. Il avait passé son existence entière à se jeter dans les bras de la mort, sans craindre d'entrainer qui que ce soit avec lui. Jusque là, il n'avait personne. Personne d'autre que des guerriers; des hommes comme lui, qui partageaient la majorité de ses convictions et n'avaient aucune crainte de la mort.
Il avait prêté serment, et il avait tenu ses engagements envers un roi mort depuis longtemps; mais aujourd'hui...Aujourd'hui, il réalisait que sa mort aurait des conséquences.

Les yeux posés sur le visage assoupi de la prêtresse allongée tout près de lui, il se souvint des promesses qu'il avait fait. Il ne pouvait pas mourir. Plus maintenant. Pas après s'être engagé à la protéger, à partager sa vie, à élever son enfant avec elle.
Sa vie ne lui appartenait plus, et pour la toute première fois de sa longue et tumultueuse éxistence, tandis qu'il se laissait aller aux bras de morphée, étreignant tendrement Tyanaïs, qu'il avait désormais quelque chose qu'il lui fallait protéger plus que son honneur.

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Tyanaïs Bendis

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Mar 4 Sep - 15:16

Citation :
Si Tyanaïs se montre plutôt discrète et peu encline à engager la conversation d'elle-même depuis son arrivée, elle ne semble pas fermée pour autant. Elle aura au contraire toujours un sourire aimable pour les Marchebruine et se rendra disponible pour qui aura besoin d'elle.

En attendant, lorsqu'elle n'est pas aux côtés de son compagnon, la rouquine fait fi des averses qui ne semblent de toute manière jamais s'interrompre bien longtemps pour se promener dans le village afin de se familiariser avec les lieux et ses habitants.

Au vu de l'atmosphère de misère qui en émane et de son besoin de rester active, la prêtresse prit rapidement l'initiative de répandre la rumeur qu'elle se prêterait volontiers à quelques consultations durant son temps libre, tant pour des soins que pour recevoir des confessions. En supposant que l'on puisse entretenir sa foi dans un endroit aussi lugubre et sordide...

Qui sait, cela aura peut-être le mérite d'adoucir un peu la méfiance des villageois à leur égard, en plus de lui occuper l'esprit.
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Jared

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Jeu 6 Sep - 23:03

Citation :
Quand Jared apprit le départ de Daniel, il crut d’abord à une vaste blague.
« Pas moyen qu’il nous ait lâchés. » s’obstinait-il à répéter toutes les cinq minutes. « Il est tapis dans les ombres, c’est tout, vous inquiétez pas. Je suis certain qu’il est en train de nous regarder, là, avec une moitié de sourire ! ».
Pourtant si le jeune homme s’exprimait avec une confiance assurée, il se berçait de moins de moins d’illusions au fil des secondes.
Minutes.
Heures.
Jours.
Et malgré tout… Malgré tout il l’attendait patiemment devant les portes de Durepierre, à faire les cents pas, s’efforçant d’afficher sur son visage abattu un pâle sourire. Douloureux.
Qui secouait son être entier. Bloquait sa respiration. Lui arrachait des glapissements dolents.
Sa gorge l’en brûlait et il finissait, terrassé par un mal intérieur, par se réfugier derrière un muret, la tête dégoulinante d’eau entre les bras… d’eau et de larmes.
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Angast Samzara

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Sam 8 Sep - 10:21

Citation :
Leur combat périlleux d'hier c'était miraculeusement bien terminé pour tout le monde, et même pour Willen, malgré la salissure immonde dont il fut victime. C'était une sortie des plus réussies, car les Marchebruine tenaient sans doute nombre de nouveaux éléments, et, selon l'opinion Willen, la proposition à Thelma et Louise de venir les rejoindre sur le continent quand toute l'affaire sera terminée était une idée on ne peut plus fructueuse : Les femmes s’avéreraient sans doute être de précieuses alliées, en attendant. Mentalement, avant de se coucher, il loua leur réussite à tous, sourire aux lèvres, avant de s'endormir.

Le jeune écuyer eût un sommeil agité, par ce qui semblait être des cauchemars. Rouge, fiévreux, moite, sa voix incertaine marmonnait plaintivement des propos incohérents. Mais l'une des rares bribes audible trahit la réelle nature de ses songes : Willen rêvait de quelque nymphe à peau de lait et aux lèvres roses, douloureusement inaccessible visiblement.

Le réveil fut nettement moins sympathique. Willen s'était réveillé ce matin presque méconnaissable. Méconnaissable physiquement. Sa lèvre inférieure était enflée, son oeil tellement gonflé qu'il ne pouvait plus s'ouvrir, tout comme sa joue et une de ses narines. Le tout était rouge vif et brillant, témoignant de quelque infection. "Pas étonnant", songèrent certains, après s'être ramassé sur la trogne des seaux de pus, de bile et de sang et autres fluides répugnants de la créature, hier soir.

Ça le lançait tellement que le jeune homme s'excusa pour passer l'entraînement, préférant passer son mal en occupant ses pensées à des corvées, moins éprouvantes. Malgré l'entrain qu'il avait à s'entraîner, il redoutait qu'un coup sur le visage, comme il arrivait parfois, lui aurait fait tourner de l’œil. Il passa le balais dans l'auberge et aida Madame Dore à nettoyer les reliefs de la veille, vida l'âtre, puis alla proposer ses services à Madame Scott, qui lui confia de s'occuper des crottes de rats et de leurs auteurs, affectionnant particulièrement la brasserie vu le malt d'orge disponible, ce qui lui prit une bonne partie de la journée.

Le mal dont il souffrait, bénin, lui donnait néanmoins une sacrée sale gueule.
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Jared

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Dim 9 Sep - 20:34

Citation :
Le vent soufflait fort, cette nuit-là ; les volets claquaient sinistrement contre les murs aux pierres décrépies de l’auberge, menaçant de s’arracher à leurs gonds.
Étendu dans son lit, les mains jointes à son buste, Jared fixait le dehors par la fenêtre. La pluie tombait drue, ruisselait sur les vitres dont elle troublait l’image.
Une vision s’imposa à son esprit ; celle d’un homme à la tête baissée luttant contre les éléments, sa cape élimée par les intempéries serrée tout contre lui.
J’espère qu’il va bien. songea-t-il distraitement, bien au chaud dans leur dortoir. D’un soupir, il repoussa sa couverture et s’assied au bord du lit, les mains perdues dans ses cheveux emmêlés.
Quelle heure était-il ?
Tard, sans doute.
Le sommeil le désertait. Cela faisait bientôt trois heures qu’il zieutait obstinément l’ouverture, avec l’envie de plus en plus pressante de… Sortir ?  
Plus qu’une envie, un besoin auquel il était urgent de répondre. Il le pressentait.
Debout, ses pas le guidèrent spontanément vers le pan de mur ; la vitre était froide au toucher et Jared frissonna le front appuyé contre, les paupières closes.
Il tremblait. La chair de poule couvrait sa peau brûlante, nue ; il s’habilla en vitesse sans réveiller ses compagnons et… Sans trop réellement savoir comment, se retrouva à l’extérieur.
Rejoignit la nuit.
Se mêla à elle et ses ténèbres.
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Ashkiel Aran'el

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Mar 11 Sep - 1:59


Citation :
La discussion avec Daniel avait été longue, pleine de reproches et de rancœur futile exposée. Leytha était épuisée d'avoir dû mettre des mots sur le tourbillon qui s'agitait dans sa tête et dans son cœur. Les conditions éprouvantes de leur séjour sur l'île pesait sur elle plus que sur quiconque.

Dans de pareilles circonstances, elle avait l'habitude de s'échapper de longues heures pour aller galoper, laissant Mouche la guider où bon lui semblait. Mais la jument se remettait tout juste de son vol plané, et la présence des créatures sur l'île rendait l'escapade impensable.

Cependant, galoper n'était pas réellement ce qui parvenait à l'apaiser. La simple présence de l'alezane aux grandes balzanes suffisait à calmer son agitation. Tout naturellement, c'est dans son boxe qu'elle se rendit pour passer la nuit, comme tous les soirs depuis la lettre de Daniel, la semaine précédente. La jument acceptait cette présence volontiers. Loin des écuries familières du refuge, coupée du contact avec le reste du troupeau des Marchebruine, Mouche -comme la plupart des autres chevaux embarqués dans cette aventure- se trouvait dépouillée de tous ses repères. La petite blonde qui lui servait de cavalière représentait son seul point d'ancrage, et la jument s'y accrochait fermement.

Leytha avait pris l'habitude de s'allonger dans un coin, une couverture étalée sur la paille propre, une autre sur elle. Tout le monde sait que les chevaux dorment majoritairement debout. Cependant, face à l'énergie débordante de "son" humaine, ce soir là, Mouche prit la décision de s'étendre sur le flanc, la tête à portée de main de la blonde. Il ne fallut qu'un instant à cette dernière pour que ses doigts agités viennent se perdre sur la joue de l'équidé, distraitement.

L'aventurière s'endormit rapidement, apaisée par la présence rassurante de son amie à sabots. Ses rêves la guidèrent loin de ses tracas quotidiens, dans une prairie ensoleillée si vaste qu'en galopant à pleine vitesse, elle ne parvenait à jamais à atteindre la lisière de la forêt, au loin.

Lorsqu'elle s'éveilla à l'aube, ce fut avec un sourire aux lèvres. La jument était debout, occupée à happer du bout des lèvres un brin de foin précis dans le tas que Thelma lui avait apporté, plus tôt. Elle lui lança un regard, et ce bref contact visuel insuffla à la blonde aux cheveux parsemés de paille une puissante envie de renouer avec ses camarades les liens que l'île avaient commencé à grignotter. Si ses doutes persistaient, sa colère intarissable semblait avoir été balayée par une tempête de sérénité.
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Angast Samzara

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Ven 21 Sep - 9:11

Citation :
Willen était comme un jeune molosse, quelle que soit la blessure, il s'ébrouait un bon coup et on n'en parlait plus. C'est dans cet état d'esprit qu'on l'avait vu au retour : d'un enthousiasme débordant, comme si ce qui s'était passé sur l'île maudite n'avait été qu'une plaisante boutade, comme si ces semaines de disette et de grisaille n'étaient été qu'une amusette, comme si son amour éperdu et douloureux jusqu'aux tripes ne représentait pas plus de nuisance qu'une mouche aisément chassée d'un revers de main.

Au débarquement à Hurlevent, il s'était précipité comme un diable à transporter les bagages de chacun, coupant l'herbe sous le pied à la moitié de ses compagnons, surexcité comme un gosse devant un étal de friandises. Les moments où il avait fallu malgré tout attendre, en ville, il manifestait son impatience en s'agitant sur place, tel une Leytha mais en bien plus encombrant.

Sa gaieté avait été aussi agréable que difficile à supporter, il ne savait plus où donner de la tête une fois de retour au refuge. Il était à la limite de l'hystérie en constatant les progrès faits par les ouvriers, et tournait en rond en déballant les affaires de tout le monde, comme un chiot fou - en plus ordré.

Puis vint le long entretient de Francesca, Oreste et Sulica. Cette dernière avait tant impressionné le jeune homme qu'il n'arrivait simplement plus à comprendre ce qu'elle disait quand sa voix enchanteresse s'exprimait, pour leur apprendre des nouvelles sans doute graves et sérieuses. Au milieu du dialogue, le jeune écuyer s'était remémoré : Sulica avait été le modèle de peintures et estampes érotiques que ses confrères soldats lui avaient montré pour le taquiner. Il la reconnaissait trait pour trait, et, à son grand rougissement et à son grand émoi, courbe pour courbe... Mais il cessa de voir rose quand il eut finalement saisi toute la teneur des propos du trio étrange. Le gamin, en particulier, l'avait profondément perturbé, il lui trouvait quelque chose de contre-nature qui n'arrivait pas à passer, c'était viscéral.

Les événements de la soirée de leur retour fut terriblement riche en drames et en deuils : Daniel avait perdu sa compagne et récupéré sa fille Evey au milieu de son cadavre exsangue, et l'écho de la prophétesse défunte avait asséné de terribles vérités à ses compagnons, des vérités à des questions auxquelles Willen avait eu l'étonnante sagesse de s'abstenir.

A leur retour, le jeune homme avait fait son possible pour ramasser son équipe à la petite cuillère, de les consoler dans leur peine, mais s'il suffisait d'une tape dans le dos fraternelle à un soldat après une bataille pour se requinquer, ça n'était pas la même chose pour les Marchebruine, et l'écuyer se trouva lui-même lamentable dans sa tentative. Triste comme une âme en peine, il se coucha parmi les derniers.



Mais, dans la nuit, il avait trouvé la force de s'ébrouer à nouveau, et une fois encore, au matin on en parlait plus. Gai, serviable et dégourdi, il s'affaira tôt le matin à faire du rangement et leur prépara à tous un déjeuner royal : blé crémeux au beurre et au miel, jambon braisé juteux, petits pains et confiture, œufs brouillés ; le jeune homme s'était même emmerdé à faire des suprêmes d'oranges et de pamplemousses - la chair pure, débarrassée de toute impureté - qu'il avait disposé en forme de corolle sur une assiette. Le tout était accompagné de ce qu'il avait trouvé d'infusions, de lait frais du matin et de bière légère. Il se sera montré particulièrement attentif à Louise, Daniel et Leytha, et aura même apporté à cette dernière son petit déjeuner directement à sa cabane, sans la déranger d'avantage que nécessaire.

Willen comprenait le besoin de solitude et de calme, mais il était fermement décidé à les ragaillardir moralement et à les remettre d'aplomb physiquement ; Et rien n'aura dès lors ébranlé sa bonne humeur, et même la plus féroce des sécheresses ne l'aura que réduit au silence que quelques instants, aussi têtu qu'un jeune chiot affectueux -pour le pire mais surtout pour le meilleur.
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MessageSujet: Re: Fil de vie   Ven 21 Sep - 11:57

Citation :
Chamboulée, désorientée, perdue... Tous ces mots conviennent bien pour décrire l'état de la magicienne. Après avoir versé toutes les larmes de son corps pendant la nuit, elle s'est mise à réfléchir, qu'était devenue sa vie, finalement ? En deux jours, elle avait quitté le village qui l'avait accueillie pendant trois ans, s'était séparée de la femme qu'elle aimait, avant d'apprendre le soir dernier la mort -probablement violente et insupportable- de cette dernière et de tous ceux qui avaient constitué sa vie sociale depuis qu'elle avait posé le pied sur l'île. Elle se retrouvait ainsi, dans cette région dont elle ne connaissait rien, entourée de gens qu'elle avait rencontrés il y a à peine un mois, avec toute une vie à rebâtir, et un deuil à faire.
"On a vu meilleur départ." se dit-elle.

Elle n'aura pas cherché à se mélanger aux autres dans la journée, cherchant plus volontiers le calme et la solitude, s'exilant parfois près du cours d'eau séparant le refuge des terres arables du domaine. Elle n'aura toutefois pas non plus envoyé bouler quelqu'un venant lui parler, répondant toujours poliment, un poil laconique ceci dit.
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Ashkiel Aran'el

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Ven 21 Sep - 14:20

Citation :
C'est un Alfred enthousiaste qui accueillit Willen lorsque le jeune guerrier vint déposer le petit déjeuner dans la cabane de Leytha. Le rat lui fit une fête digne d'un chiot esseulé, et pour cause : la blonde n'était pas là.

Pourtant, Mouche était toujours au refuge, fort occupée à coller les chevaux que les Marchebruine n'avaient pas emmenés avec eux lors de leur excursion à Tor'Arad. Toutes les affaires de l'aventurière étaient à leur place, et rien ne manquait, mis à part son armure et ses armes. Son tabard était étendu sur le lit, soigneusement plié.

Nul ne sait où elle s'était rendu. Leytha avait quitté le refuge au beau milieu de la nuit, en toute discrétion et sans prévenir personne. Elle ne revint qu'en fin d'après-midi, complètement ivre. Le spectacle était assez désolant : après avoir titubé ici et là, elle fit trois tentatives infructueuses pour rejoindre sa cabane. Elle finit par retirer son armure au pied de l'arbre, pour s'endormir à même le sol, couverte de boue.
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"Kriss"

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Lun 24 Sep - 0:46

Citation :


C'est une elfe silencieuse qui aura gagné le refuge et sa tente, s'éloignant de tout le monde, mâchoire serrée, filant vers sa tente à côté de laquelle reposait sagement sa machine volante.

Le matin aux aurores, son humeur n'avait pas changé, si ce n'est que la lassitude du voyage c'était mue en colère visible, une fois les évènements de la veille assimilés.

Après deux bonnes heures de manutention depuis son entrepôt improvisé, de nombreux tonneaux, plaques de ferrailles et outils s'était amoncelés à côté de sa tente.
L'un des tonneaux fût vite percé d'un robinet et servait visiblement à abreuver la créativité de l'ingénieure pendant ses heures de labeur. Elle s'équipa de lunettes de protection, de sa combinaison et d'épais gants en cuir, ramenant ses cheveux en grossière queue de cheval.

Son humeur semblait alimenter aussi son travail, puisqu'elle rumina toute la journée et ne s'embêta pas à envoyer paître toute personne qui cherchait à interrompre son travail ou se renseigner sur son état.

Le tas des pièces fût martelé, forgé, soudé et assemblé toute la journée, jusqu'à ce que le sol soit jonché de fils, de déchets de métal, de mégots froids et de vis tordues. Le chantier laissa flotter une inquiétude odeur de souffre en fin d'après-midi.
A la tombée de jour, il n'y avait plus trace de ce qui avait été assemblé. Ceux qui seraient passés au bon moment auraient vu la construction chargée à l'aide d'une petite grue dans la soute de la machine volante.

Kriss aura pris une pause pour manger avant de finir sa soirée à faire d'apparents réglages et vérifications en tous genres sur sa machine, et aura regagner son hamac pour une nuit bien méritée, toujours muette comme une tombe.
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Angast Samzara

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Mer 26 Sep - 1:53

Citation :

"Allez, Salut Willen !" avait lancé Leytha, comme si elle allait simplement faire une petite commission en ville. Si elle éprouvait du chagrin, rien ne se lisait sur sa face enjouée, ni dans sa démarche quand elle tourna les talons et s'avança à bonne allure vers la capitale. Il aurait uniquement manqué qu'elle sifflote gaiement pour compléter le tableau.

Le jeune homme l'avait aidée à acheminer ses sacs jusqu'aux portes de Hurlevent, et passé un moment avec elle. Il avait chanté pour elle à sa demande, un chant de soldat de marine, connu de tous ceux qui avaient cherché du réconfort la veille d'une bataille, entassés à trente dans une galère de guerre. Mais il n'avait pas pu aligner d'autres mots, sa gorge se serrant de malheur et de chagrin à chaque pas qui les rapprochait inexorablement de l'adieu final. Si sa raison comprenait son départ, son âme la refusait de toutes ses forces. C'était intolérable, aussi incompréhensible et fou que de s'arracher sciemment le bras.

"Au revoir, ma petite étincelle..."

Et il la regarda partir ainsi, sa petite étincelle. Cette petite étincelle qui l'avait sauvée de la mort, à plusieurs reprises sur Tor'Arad. Cette petite étincelle qui lui avait permit de tenir tête aux horreurs de Rivesonge, cette petite étincelle qui lui avait permit d'affronter sa rage intérieure et de la dominer. Cette petite étincelle qui avait réveillé en lui une partie de son âme qu'il n'avait jamais connu auparavant. Cette petite étincelle qui avait fait de lui un homme, au creux du même lit. Cette étincelle, banale au yeux de beaucoup, mais qui avait su tomber dans son âtre et animer en lui une flamme impossible à éteindre.

Sa petite étincelle.

Soudain, elle se courba, et porta ses mains au visage, fondant en sanglots, et elle s'enfuit en courant. Brutalement il n'était plus question de la laisser partir. Oubliant toute raison, il lui couru après, les larmes pleuvant dans son sillage comme une bruine abondante. LEYTHA ! Hurlait-t-il. Mais sa bouche refusait de s'ouvrir. Il la poursuivit comme si sa vie en dépendait ; à ce moment là, il ne pensait pas pouvoir vivre plus longtemps s'il ne la retrouvait pas.

Mais il ne la retrouva pas. Et il était toujours en vie. Perdu au milieu du quartier commerçant, il erra, sanglotant, appelant éperdument son amour sans se soucier du reste du monde. Mais elle resta durement silencieuse et plus durement encore, invisible. C'était trop tard. Comme un âme en peine, il se laissa guider par ses pas, toussant et bouffi de larmes, jusqu'à ce qu'il arrive sans s'en être rendu compte dans une ruelle complètement inconnue de lui. Il vit un rat passer, et son cœur fit un bond dans sa poitrine.

"Alfred ?" dit-il, plein d'espoir, s'avançant vers le rongeur. Mais une porte s'ouvrit à côté de lui et un rai de lumière jaune révéla un simple rat d'égoût, sale et dépenaillé. Willen le regarda partir, figé de désespoir. Puis résonna une voix grave et rocailleuse depuis la porte ouverte.

"Un compte à régler avec la vie, mon gars ?" demanda gravement le gaillard à la bedaine considérable, difficilement cachée par son maillot de corps rayé et sale. Sur son visage rustre de chien de fosse était gravée une expression féroce, mais ses yeux trahissaient une certaine dignité. Il souleva Willen par le col, de son énorme poing calleux, pour le remettre sur pieds.

Sans réfléchir, le jeune homme acquiesça. Quelque chose au fond de lui savait parfaitement où il était et pourquoi. Le gaillard n'était pas dupe et lui avait proposé l'échappatoire qu'il recherchait, et tout cela sans un mot. A son retour, plus proche du matin que de la nuit, certains auraient pu l'entendre monter péniblement dans la cabane de Leytha, et ne plus en bouger avant la fin de la nuit.

Le lendemain, c'est un Willen muet comme une tombe qui s'adonna à ses tâches quotidiennes. Il était couvert de bleus, de griffures, de morsures de chien et d'hommes, un de ses yeux était aveuglé par un énorme coquart, sa lèvre inférieure était fendue, son nez avait été cassé, une arcade ouverte et sa démarche était raide. Il portait sur lui une odeur d'alcool, de sueur et de sang, et arborait sur ses vêtements des gouttelettes et mouchetures écarlates de diverses origines.
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Livia Rossini
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MessageSujet: Re: Fil de vie   Mer 26 Sep - 12:15

Citation :
Livia avait pourtant dit à Daniel qu'elle les rejoindrait plus tard. Comme si elle n'avait eu besoin que de quelques instants devant la tombe de Seth - quelques minutes pour se recueillir. Peut-être une heure au plus. Un moment de solitude pour faire son deuil.

Mais elle n'était pas revenue dans l'enceinte du Refuge.

Les plus curieux auront pu la voir toute la nuit au même endroit - d'abord debout, figure parfaite de la veuve éplorée, puis assise, lorsque la fatigue se sera fait trop grande. Son luth, précieusement gardé et serré contre elle, ne quitta pas son étui cette nuit.
La pluie ne la dérangeait pas spécialement : une enfance passée à Gilnéas rendait insensible à ce genre de chose. Elle ne se souvenait pas de jours qui n'aient été pluvieux. Ni des jours qu'elle avait passé sans Daniel, ou Seth, ou son grand frère.

Il y en avait, pourtant. Elle n'avait pas été tout le temps collée dans leurs pattes - et ce n'était pas faute d'avoir essayé. Mais elle ne s'en souvenait tout simplement plus, le temps ayant transformé sa mémoire pour n'en retenir que ce qui comptait le plus pour elle. Il en allait de même pour ses longues années d'études, passées loin d'eux. Elles lui avaient paru si longues, à l'époque. Et lorsqu'elle y repensait aujourd'hui...

La culpabilité ne l'avait pas quittée depuis qu'elle avait appris la mort du druide. Daniel avait beau lui avoir assuré le contraire, elle en était intimement persuadée : si elle n'était pas partie, si elle ne les avait pas abandonné, Seth serait toujours vivant. Elle espérait tout juste qu'il n'avait pas passé ses derniers mois, où ils s'étaient séparés, aussi seul qu'elle-même l'avait été.
Les autres noms inscrits sur la stèle la hantaient tout autant. Qu'était-il devenu de Baudrick, un homme qu'elle avait presque considéré comme un père ? Qu'était-il devenu de Caryll, celle dont l'amitié l'avait prise complètement par surprise et dont le cœur était si pur ?

C'est à l'aube qu'elle bougea finalement. Elle fit un dernier adieu à l'homme qu'elle avait aimé, et quitté : un chant. Une dernière fois, enfin, elle fit entendre sa voix délicate sous son arbre, et près de son lieu de repos. Une dernière complainte, qui sonnait presque comme une supplique.

Chanson:
 

Et en voyant que la tombe ne bougea pas, et qu'elle ne bougerait jamais pour laisser le worgen revenir dans ses bras, Livia partit enfin. Elle ne passa pas par le Refuge, qui avait été un jour sa maison. Elle ne dit pas au revoir à ceux qui avaient été autrefois ses compagnons. Daniel comprendrait, et les autres... aussi. Ils lui avaient montré assez de sollicitude lors de la cérémonie, et elle ne voulait pas plus les embêter avec son chagrin.

Ce chagrin était le sien, et elle l'emporterait avec elle, là où la dirigeront ses pas. Elle ne savait pas exactement où c'était. Peut-être presserait-elle finalement son professeur pour partir enfin à Kul Tiras. Tout, mais loin d'ici, où trop de souvenirs l'assaillaient.

Elle embrassa le paysage et le Refuge d'un dernier regard - ce refuge qui appartenait à d'autres, désormais. D'autres qui, elle le savait, feraient honneur au nom de Marchebruine. D'autres qui, elle en était persuadée, étaient plus courageux et plus forts qu'elle. Au moins, elle pouvait se réconforter en cela : la guilde était entre de bonnes mains. Et personne n'était mieux placé que Daniel pour les diriger.
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Tyanaïs Bendis

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Ven 5 Oct - 14:48

Citation :
Tyanaïs était partie pour Hurlevent la veille au matin pour aller quérir des composants précieux pour son art guérisseur : écorce de saule blanc, camphre pour traiter certaines fièvres exotiques, ainsi que des plantes plus rares comme le lotus pourpre ou le pavot de pluie pandaren pour concocter des somnifères et autres drogues.

Cependant, elle n'était pas reparue pour le déjeuner, ni le dîner, et n'aura pas regagné le refuge le soir. La prêtresse n'aura donné aucun signe de vie le lendemain non plus, si bien que la petite course sur la capitale aura commencé à prendre des allures anormales. Quelque chose était arrivé à la jeune femme.
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Angast Samzara

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MessageSujet: Re: Fil de vie   Ven 26 Oct - 10:46

Citation :
Voilà quatorze jours que suis de retour sur ma temporalité, dans mon monde. Azeroth. Bizarrement, l'une des premières choses que j'ai faites, c'est d'aller voir ma tombe, à Dalaran.

Angast Samzara
16 - 36
Morte au nom de la Connaissance


Ce n'est pas tant de voir ma propre tombe, mais plutôt la platitude de l'épitaphe qui me choqua. Je fus bouleversée par le manque d'imagination de mes parents, eux qui me berçaient d'histoires folles depuis toute petite. Maintenant, j'avais leur âge. J'avais souvent ruminé cette pensée, et elle m'était apparue comme de moins en moins incongrue, mais maintenant que j'étais devant le fait accompli, tout était différent. Retourner près d'eux, si magiciens soient-ils, aurait été un trop grand choc. Les restes enfouis de mon chagrin aspiraient à combler les blessures trop crues et trop soudaines de la séparation, mais ma raison m'indiquait que la chose aurait été nocive. Pour eux, pour moi, pour la cause à laquelle j'aspirais. Et j'écoutais souvent ma raison.

Leur deuil était récent, à peine trente jours. Si j'avais pris la décision de les revoir, ç'aurait été maintenant. Je pense que je ne reverrais jamais mes parents. Penser à cela ne me faisait rien sur le coup, mais me connaissant, je savais que tôt ou tard, les conséquences resurgiraient de plein fouet sur mon cœur. Mais il fallait écouter sa raison.

Je ne me rendis compte que trop tard que mes pas m'avaient guidée face à la maison de mes parents. Là, je vis une version calquée de moi-même en train de s'occuper de son massif d'Aethril. Les seuls détails qui la différenciaient de moi étaient ses yeux bleus et ses tâches de rousseur. Son visage était hâve, elle avait maigri, pâlit et ses traits étaient cruellement tirés par le chagrin. Ma mère.

Elle ne me vit pas, concentrée sur la délicate plante elfique. Un instant, tout ce qui constituait mon être se vida pour laisser place à une envie irrésistible d'aller tout lui expliquer, de la serrer dans mes bras, de pleurer contre son épaule, de sentir à nouveau sa rassurante odeur maternelle, d'effacer l'horrible peine. Je me sentis atrocement coupable, et tout le chagrin que j'avais réprimé pendant toutes ces années se déversa dans mon cœur en une bourrasque douloureuse. Je ne l'avais pas vue depuis vingt ans.

Alors que j'oubliais toute raison, une voix, minérale, grave et sage se posa dans mon esprit tourmenté comme une feuille de métal sur la surface d'un lac bouillonnant.

"Ne fais pas ça, Voyageuse. Écoute ta raison"

La voix avait raison. Si je pouvais guérir l'angoisse de la séparation, j'étais sur le point de provoquer un choc trop grave, trop important, et j'aurais de toute façon dû partir à nouveau. Je ne pouvais pas mêler mes parents à ce que je faisais, de près ou de loin. C'aurait été irrationnel. C'aurait causé plus de souffrances encore que le deuil de leur fille.

Je me détournais d'elle, avec autant de satisfaction que si je m'étais plantée une écharde entre les ongles. Et la douleur fut bien pire. Incapable de me contenir plus longtemps, j'échouais à l'entrée de l'Infraville, laissant tomber mes fesses sur une caisse douteuse, mes jambes refusant de me porter d'avantage. Et j'éclatais en sanglots hachés, comme une petite fille, le visage dans les mains. Et petite fille j'étais, une petite fille privée de son papa et de sa maman.

La mort dans l'âme, je m'en retournais à Hurlevent et fit les emplettes nécessaires à l'intervention de ce soir. J'aurais pu m'isoler dans le temps et l'espace, trouver un de ces mondes paradisiaques où j'aurais pu couler une existence paisible, sans souffrance. Mais j'étais revenue, et ma décision était irrévocable.

Il y avait des gens faits pour voler, flâner dans l'existence sans se soucier de rien, et il y en avait qui étaient faits pour ramper, creuser, gratter et peiner, et faire ce qui devait être fait. J'étais de cette deuxième race.
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